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Mauvais Genre, Naomi Alderman

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Littérature, Recensions

Mauvais genre. Traduit de l’anglais par Hélène Papot. 380 p. 22 € (Points)

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C’est rare un livre qui commence par la chute. Enfin je veux dire « une » chute mais elle pèse tant tout au long de cette histoire ! James Stieff vient d’être admis à Oxford, rêve qui dort dans le giron de tout jeune anglais issu de la middle class. Il court, dans le plaisir de l’air glacé et d’un corps parfait, élastique, qui le porte comme un ressort. Il court, au devant d’une vie brillante qui l’attend sûrement. Son pied pose sur une plaque de verglas et il tombe. Lourdement. Tendons et ligaments craquent. La douleur s’abat sur lui. Elle ne le lâchera plus. La douleur physique bien sûr, qui reviendra, nauséeuse, tout au long des années Oxford et au-delà, mais, en même temps, s’annoncent toutes les autres douleurs qui vont s’accumuler jusqu’à l’horreur pendant les temps qui s’ouvrent ce jour-là. Tout dans ce roman semble évoquer la traditionnelle histoire de la jeunesse dorée d’Oxford : la maison de Mark, l’ami immensément riche, dans laquelle toute une bande de garçons et filles va vivre pendant les trois années d’étude. Fêtes, délires, dérives, rêves, cynisme de la jeunesse. On croit un moment que nous sommes devant une histoire classique, très british, presque déjà connue. Mais quelle erreur !

Naomi Alderman nous attend au coin de la violence cachée en chacun, de la cruauté des âmes, des malheurs précoces de vies brisées, du déchainement dévastateur des passions amoureuses et/ou haineuses. Tout semble sourire à cette bande d’amis : la réussite, l’argent, l’amour. Tout va en briser beaucoup. Comme des quilles qui tombent, la chute des unes entraînant celle des autres.

Le début du chapitre 1 sonne, quand on a fini le livre, comme la synthèse de ce qui vous attend dans cette lecture : « Au départ, je suis tombé. Pas en disgrâce, comme l’aurait dit Mark. Ni vaincu par la fin foudroyante, inéluctable, de l’amour. Ca, c’est venu après. Au départ, j’ai simplement fait une chute sur un sentier verglacé. J’ai trébuché, j’ai oscillé, vacillé et je suis tombé. Il n’y a pas de honte à tomber. Tout le monde tombe. Mais j’ai découvert qu’il était plus difficile de se relever que je ne me l’étais imaginé, sur ce petit chemin gelé d’Oxford, voilà bien longtemps. »

Autour d’un être pervers et fascinant, Mark Winters, une nuée de jeunes gens vont faire la route de la tragédie, comme une nuée d’insectes autour de la lumière qui les fascine et les tue. On ne peut pas lâcher ce livre. Ce grand livre.

 Léon-Marc Levy

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