De Tintin au Monde

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Medias

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J’ai souvenir de l’en-tête du « Journal de Tintin » : « Le Journal des jeunes de 7 à 77 ans ». Dans mon cas, ils avaient tort. J’aime toujours bien Tintin, profondément niché quelque part dans ma mémoire culturelle, mais il y a bien longtemps que je ne le lis plus. En fait j’ai quitté Haddock et sa bande vers 16 ou 17 ans. Et, sans transition, je suis passé au « Monde ».

D’une certaine façon, ça ne me changeait pas vraiment ! Je continuais à suivre des aventures extraordinaires ayant pour théâtre les contrées exotiques dont je rêvais : révolutions en Amérique du Sud, intrigues et mystères en Chine ou au Japon (Ah, les « papiers » de Robert Guillain !), conquête de la Lune, complots dans les pays du Golfe. Le souffle du monde continuait à nourrir mes rêves, mes espoirs, mes colères.  Mao-Tsé-Toung (comme on écrivait alors), Che Guevara, Pinochet, Tito, avaient pris la place de Tintin,  Tapioca, Chang, Abdallah.

Bien sûr, j’avais basculé de la fiction pure à la réalité massive et (trop) souvent tragique. Mais la réalité, quand elle est médiatisée, sous la plume souvent talentueuse (à l’époque) des journalistes du « Monde », fonctionne comme une fiction pour le lecteur, douillettement calé dans son troquet favori du Quartier Latin, à mille lieues des événements réels, si tragiques soient-ils. Le décalage irréductible entre le fait et le récit reproduit l’espace fictionnel, aboutit à ne plus parler qu’à l’imaginaire. Glissement insensible, mais inexorable, du lecteur, de la place de témoin à celle de spectateur passif, certes compassionnel mais passif. C’est cette passivité qui fut le moteur de choix de vie pour certains : on se rappelle l’engagement héroïque de Régis Debray, l’engagement puis la dérive tragique de Pierre Goldman. Toute une génération a connu plus ou moins le vertige (intérieur fût-il) du chemin qui menait des colonnes du « Monde » et du Boulevard St Michel à l’aventure réelle. Pour la plupart, nous sommes restés sagement (?) scotchés à notre table de troquet. L’aventure s’est arrêtée aux pages « Amérique du Sud », « Asie », « Moyen-Orient » de notre « Journal des jeunes de 17 à 97 ans ».

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