L’âme de Baudelaire ?

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Chroniques, Littérature

charles-baudelaireLa chose est étonnante. Charles Baudelaire, reconnu à peu près universellement comme le plus grand poète de langue française (dans tous les cas l’un des plus grands), n’est pas un personnage qui suscite une sympathie spontanée. Définitivement. Il n’exerce, hors la beauté sublime de ses vers, aucune séduction, y compris sur la foule de ses admirateurs les plus passionnés. Au contraire, toute une troupe de grands poètes et écrivains français attire notre compassion, notre fascination, notre amour, un culte parfois, souvent en dépit de personnalités discutables.

François Villon, mauvais garçon, voyou sorbonnard, ivrogne, voleur, probablement même assassin, sûrement pendu par décision de justice. Pas de problème, on l’aime éperdument !

Jean-Jacques Rousseau, ombrageux, mauvais père, menteur, on lui pardonne tout !

Arthur Rimbaud, cynique, hautain, déloyal, violent. On l’adore !

Victor Hugo, orgueilleux, coléreux, méprisant avec ses confrères. On le vénère !

Il y a comme cela, des créateurs touchés par la grâce, effleurés par le souffle de l’aile des anges : la « bande » des Léonard, Raphaël, Mozart. Au-delà de l’admiration que suscite évidemment leur œuvre, quelque chose de plus se tisse entre eux et nous, un lien amoureux, charnel, affectif en tout cas. Leur présence silencieuse et puissante s’est nichée au plus profond de nos consciences, de nos cultures fondatrices, et, en basse continue, au long d’une vie, elle se révèle régulièrement, comme un compagnon intérieur.

Rien de tel avec d’autres créateurs, au moins aussi géniaux : Vivaldi, éternel vieillard acariâtre, Voltaire, un peu dans la même image, Dali, figé dans sa « folie » mégalomaniaque. Et notre Baudelaire est de cette troupe des « mal aimés » !

Qu’a donc fait (ou pas fait) Baudelaire pour nous être, en tant que personne (et encore une fois hors de toute référence à l’œuvre partout adulée), aussi indifférent, voire antipathique ? Essayons de poser des jalons pour comprendre :

– Assurément, c’est un « besogneux ». Rien chez lui de l’être de lumière inspiré par les cieux comme Rimbaud ou Mozart. Tout est travail pénible (« Labeur dur et forcé »), corrections, retour incessant sur les textes, colères, insatisfaction permanente. Ses éditeurs, Poulet-Malassis ou Michel Lévy, en perdaient toute patience (et pourtant, l’un et l’autre en avaient des tonnes avec « leur » Baudelaire !)

– C’est un homme amer, tenaillé par ses haines : le général Aupick bien sûr, qu’il poursuivra de ses injures et de ses menaces jusqu’à appeler à son meurtre, Maître Ancelle, son notaire/tuteur (pourtant d’une patience et d’une fidélité exemplaires) qu’il agonira d’insultes permanentes, les Belges, en vrac, qu’il couvrira de son opprobre dans les « Amoenitates Belgicae ».

John Steinbeck, De America par Avi Barack

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Chroniques, Littérature

steinbeck1L’opinion la plus courante concernant John Steinbeck et son œuvre, et ce n’est innocent ni d’une conception inepte de la littérature ni d’un parti pris idéologique, est que le cadre du travail de Steinbeck, de son discours, serait en gros un regard « sur » l’Amérique. Et on en a tiré, à longueur d’études et de thèses à n’en plus finir, une vision parfaitement desséchée de ce trésor littéraire. Regard « sur » l’Amérique entend regard « sur » l’histoire de l’Amérique d’où coupure Histoire/sujet regardant : du coup, de papa Steinbeck, on attend une critique – tant qu’à faire « marxiste-léniniste » ne lésinons pas – de l’Histoire Yankee passée et présente ! Ben voyons. Il y a Steinbeck et il y a les USA donc tout est possible. Tout est possible oui, même l’aveuglement, même de passer les bornes. De se permettre un glissement de préposition s’érige en symptôme. Du « sur » au « de » c’est la frontière, rien que ça, entre idéalisme et matérialisme. Il n’y a pas de « ça-parle » de Steinbeck « sur » l’Amérique parce que l’enracinement symbolique est ce qui du réel intervient dans l’imaginaire. Du réel ou, il y en a qui disent de la « réalité ». On peut dire cela plus simplement (j’entends bien la rumeur de l’hystérie) : Le discours de John Steinbeck n’est pas « sur » l’Amérique mais « de » l’Amérique. L’Amérique n’est pas son propos mais son lieu, le socle émetteur de son écriture, sa source.

Les mots de Steinbeck pullulent, se bousculent, explosent et ces mots ne parlent pas seulement comme véhicule d’un sens (sinon fin de la littérature), laissons cela à la poussière des pré-linguistes (du temps de la préhistoire, c’est-à-dire aujourd’hui encore). Les mots ça parle aussi comme tels, dimensions verticales, existant en soi et trimbalant ambiguïtés, sous-entendus, symboles, métaphores, désir, castration, névrose. Le « ça-parle » de Steinbeck c’est le flux récitatif d’un sujet. L’étiologie de la névrose qu’il porte à vue est en prise directe avec l’Histoire individuelle et collective de l’Ouest américain, des USA tout entiers. L’écrit, les cris, de Steinbeck portent en eux toute la schizophrénie américaine.

Parce qu’il y a vraiment schize. Pas procès/sujet mais dans le procès des sujets et dans les sujets du procès. L’Amérique c’est le cadre de floraison des rêves les plus prodigieux de l’humanité : Paix, Démocratie, Liberté, Richesse. Rêves structurés en mythes dans l’histoire de l’Ouest (« On va y’aller au pays des oranges ?! »  « Et on aura des lapins et on sera comme des rois ?! »)*. « Nouvelle Frontière » disait-on. Frontière du désir à coup sûr, de celui qui se garde une chance d’avoir une autre satisfaction que fantasmatique mais qui, presque sans coup férir, connaît le tragique glissement du principe de réalité au principe de plaisir, débouche tout à trac sur le symptôme obsessionnel.

Car L’Amérique, on ne le sait que trop, c’est aussi le décor qui fait cadre aux pires perversions psychotiques de l’humanité : les immigrants lui demandaient et lui demandent encore (de moins en moins) la lune ? Eh bien c’est sa face cachée qu’elle leur a offerte : violence, exploitation forcenée des hommes, racisme, refoulement. Le Pays de Lincoln ET de l’esclavagisme, de la liberté de la presse ET de l’anti-communisme paranoïaque, des croisades contre les injustices ET des assassinats de Sacco, Vanzetti, Etel et Julius Rosenberg.

Foires aux vins, marchés de dupes ?

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Oenologie

foire-aux-vins

La rumeur enfle, les revues spécialisées frémissent, les amateurs piaffent d’impatience : dans quelques jours, cette semaine, vont commencer les foires aux vins d’automne sous les enseignes de nos grandes surfaces. Il y a 20 ans, c’était un événement encore relativement confiné aux cercles d’initiés. Aujourd’hui, c’est un événement commercial national, de l’ordre des sacro-saintes soldes de janvier, et les grandes chaînes de magasins y réalisent un pourcentage non négligeable de leur chiffre d’affaire annuel.

C’est dire si le sujet mérite qu’on l’aborde avec sérieux et surtout avec un vrai mode d’emploi, permettant aux usagers de naviguer avec discernement entre les vraies fausses bonnes affaires et les fausses vraies arnaques ! Vaste programme, dans le raz-de-marée de bouteilles et de caisses qui va déferler pendant un mois sur l’hexagone et qui est supposé être une mine de bonnes affaires.

Commençons par le début. Que vont proposer essentiellement les foires aux vins 2013 ?

–       Très majoritairement, du Bordeaux ! C’est comme ça tous les ans, et aux nouvelles que j’en ai à l’heure où j’écris, encore plus cette année. Plutôt que de foires aux vins, on devrait parler de foires aux Bordeaux, plus de 80% des bouteilles vendues en 2008 étant des bouteilles de cette région. Dans tous les cas, même pour les rares bourgognes que vous y trouverez, vous feriez mieux de les acquérir ailleurs : les bons producteurs de Bourgogne ne « fricotent » que très peu avec la grande distribution.

–       Le millésime 2011 sera en vedette. Vedette assez modeste ! Une qualité juste convenable, quelques belles réussites, des prix encore assez élevés. Tenir la garde haute : un nom prestigieux en 2011 ne signifie pas forcément un bon vin et encore moins un bon rapport qualité/prix.

–       Il y aura aussi, en moins grande quantité, des 2010. Cela est évidemment plus intéressant, mais là, avec des prix élevés.

Quelques conseils de base :