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Pourquoi Onfray est-il inéluctablement fasciste ?

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Philosophes, Philosophie, Société

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Revenir sur Onfray peut ressembler ici à une forme d’acharnement. Cependant, sa médiatisation outrancière, son évolution visible depuis quelques années et accélérée ces derniers mois, sa position d’imposture quand il prétend à la philosophie me semblent des raisons suffisantes pour souligner l’ornière conceptuelle dans laquelle ce bateleur des idées simples se meut.

Onfray est inéluctablement fasciste.

1) En raison d’une lecture de Nietzsche très mal digérée.

Le bonhomme entend le Gai savoir comme un hédonisme. C’est tout son contraire. Nietzsche y présente des pensées courtes et puissantes, pour essayer de cerner le caractère de l’être humain et décrire, de manière détaillée, les maux dont souffrent nos sociétés. Le Gai savoir est une sorte d’introduction au Zarathoustra, une « fiche clinique » que Freud développera à la lumière de l’inconscient dans Malaise dans la civilisation. C’est donc, comme toute l’œuvre et la pensée de Nietzsche, une réflexion sombre sur la société des hommes. Le mythe du surhomme, et son aspiration à l’élévation, sont directement issus de ce constat. Or Onfray entend le surhomme comme une sorte d’esprit dégagé des miasmes humains, dégagé du malheur et de la douleur (hédonisme « solaire »), quand Nietzsche dit clairement que son ÜberMensch est pétri de la souffrance humaine : « la race d’hommes qu’il (Zarathoustra) conçoit, pense la réalité telle qu’elle est : ils sont assez forts pour cela ; – la réalité n’est pas pour eux chose étrangère ni lointaine ; elle se confond avec eux : ils ont en eux tout ce qu’elle a d’effrayant et de problématique car c’est à ce prix seul que l’homme peut être grand ». En hédonisant la pensée de Nietzsche, Onfray se débarrasse de sa dimension humaniste, comme l’ont toujours fait les penseurs de l’extrême-droite, dont les penseurs nazis. C’est là la mésinterprétation traditionnelle qui a fait de Nietzsche le prétendu « père » du nazisme, ce qu’il n’est en aucun cas. Le fait qu’Onfray commette la même lecture erronée est déjà lourde de sens quant aux prémisses conceptuelles sur lesquelles il se fonde.

2) Parce que son mode de pensée procède systématiquement par généralisation.

J’écrivais, en une autre chronique : « Le créneau d’Onfray c’est de se tenir sur un vague territoire philosophique (métaphysique, religions, questions sociétales, difficultés de vivre, etc.) et d’énoncer, sur ce territoire indéfini, des généralités hâtives et médiocres parce que jamais fondées sur un vrai travail d’analyse et de pensée ». C’est là le mode de pensée exact de l’extrême-droite, la base du « eux et nous ». Tout ensemble est mauvais, dès lors que l’on découvre (ou décrète) que l’un de ses éléments est mauvais. Ainsi, voici un élément négatif de la psychanalyse (sa difficulté à accéder à la guérison par exemple), donc toute la psychanalyse est mauvaise (et peu importent les formidables progrès qu’elle a permis dans la clinique psychiatrique). Ce mode de pensée est la base du mécanisme totalitaire, la clé de la machinerie raciste. Des hommes se réclamant de l’Islam sont terroristes, donc l’Islam est terroriste. Des Juifs possèdent argent et pouvoir, donc les Juifs sont riches et puissants. Le christianisme au cours de son histoire a connu des périodes d’intolérance et de violence, donc le christianisme est porteur du mal. Michel Onfray déploie des raisonnements typiques de la pensée fasciste. Les dérives douteuses de son « Freud » procèdent absolument de ce mode de travail. Freud étant un bourgeois Viennois, soucieux de reconnaissance et de fortune (ce qu’il était vraiment), Freud doit donc être ramené à cette seule dimension, et l’inconscient ramené à un produit commercial, destiné à faire la fortune de son inventeur.

3) Parce qu’Onfray est fasciné par le déboulonnement des idoles.

Tout son parcours le montre occupé à tenter de clouer au pilori les grands courants de pensée et – au passage – les grands penseurs de l’histoire humaine. Son traité d’athéologie fut un piètre réquisitoire antichrétien, destiné à « dégommer » Thomas d’Aquin (entre autres), accusé – péché suprême ! – de gravité morbide, d’obsession de la mort. On peut dire ainsi qu’Onfray reproche au christianisme de se préoccuper au premier chef du fondement même de la condition humaine : les hommes sont mortels. Les contresens de Michel Onfray ne le gênent jamais, le seul objectif étant le « dégommage » : au sujet de Sigmund Freud, de Michel Foucault, de Lacoue-Labarthe, de Nietzsche, parmi d’autres. Ces contresens sont le produit direct d’un nihilisme aveugle, qui n’a d’autre objet que le reniement. Il y a en œuvre chez Onfray une écriture philosophique au rabais qui fait du reniement une gloire, une sorte de jouissance, sommet pathétique de son « hédonisme solaire ». Là encore, l’histoire nous apprend que les totalitarismes en ont fait autant, vouant aux gémonies les penseurs jugés dangereux, ce qui aboutissait toujours au rejet de tous les penseurs qui précédaient ou bien à leur « révision » radicale. Entre l’autodafé de Freud et Marx et la trahison de la pensée de Nietzsche, on en a ici un exemple saisissant.

Arrêtons là pour ne pas alourdir ce qui n’est qu’une chronique. Michel Onfray est passé un temps pour un « philosophe » de gauche. Il n’est ni philosophe – on l’a montré il y a peu – ni de gauche. Son évolution politique régulière – de la gauche à la droite nationaliste proche du FN – n’est pas l’évolution d’un individu qui se cherche. C’est l’ornière inévitable que tous ses propos et écrits dessinaient depuis toujours, par leurs méthodes, leurs haines, leurs fascinations. Onfray ne vire pas à l’extrême-droite comme dans un tournant soudain : la courbe était déjà tracée et inéluctable. Et elle n’est pas achevée.

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