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Le sablier de ma cave

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Oenologie

Photo_sileneIl paraît que l’oenotourisme est à la mode. Je crois que j’en pratique régulièrement une nouvelle forme sans sortir de chez moi !

J’émerge à peine d’un séjour de deux heures dans ma cave. Je n’y chassais pas les souris. J’ai entrepris, vaste programme, un inventaire de mes flacons. Enfin de mes bordeaux, de loin les plus nombreux. J’adore les bons vins de toutes les appellations mais Bordeaux, c’est mon truc ! Entre les vins qui rentrent (toujours trop) et ceux qui sortent (beaucoup moins), il y a toujours un moment où ma gestion de stock est défaillante. Alors il faut s’y coller.

C’est bien, une promenade au milieu de flacons qui dorment, certains depuis des décennies, dans la fraîcheur et l’obscurité.  Une sorte d’excursion musicale d’abord. J’ai écrit « musicale » ? Ben oui, tout compte fait, c’est bien ce que je veux dire. En rangeant les bouteilles, en les déplaçant avec force précautions, en tenant quelques-unes d’entre elles dans la main, on s’aperçoit au bout de quelques minutes qu’on est en train de murmurer, à voix très basse mais audible, quelque chose qui ressemble à un poème en vers libres, un chapelet de syllabes sonores, exotiques, qui peu à peu constituent un langage détaché de tout sens. Une mélodie pure qui, cependant, exhale insensiblement un parfum délicieux de « Vieille France », de terroir, de voyage au cœur de pays et d’images d’Epinal profondément enfouis dans mon imaginaire. Angelus, Bon Pasteur, Trotte-Vieille, Lagrange, Petit Village, Clos L’Eglise, La Louvière, Cos d’Estournel… Très vite on perçoit des images plus que des mots. Des collines, des villages, des bocages, des bergers.

Trois noms de châteaux m’ont particulièrement retenu ce matin. « Musicalement » je veux dire : Margaux, Cheval Blanc, Beau-Séjour Bécot. Je me suis surpris à fredonner inconsciemment des airs. Georges Brassens bien sûr. Marg(ot) et son chat, le petit cheval blanc qui avait bien du courage, et les bécots pondus comme des œufs tout chauds. Je suis sûr qu’en cherchant bien on doit trouver des dizaines de chansons du bon Georges dans les noms des domaines girondins. Tiens Trotte-Vieille, ça m’ouvre tout de suite sur « Bonhomme » : « Rien n’arrêtera le cours de la vieille qui moissonne… ». Pierre Desproges, passionné de St Emilion (tout le monde sait, depuis un sketch célèbre et magnifique, que son préféré était Château Figeac) dirait « Etonnant, non ? »

Et puis, avec ce « voyage » imaginaire dans une France nostalgique, vient, doucement, s’imposer un autre voyage. Temporel celui-là. Une espèce d’invasion de l’idée du temps qui me prend souvent dans mon rapport secret au vin.

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