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Polanski’s Ghosts

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Cinéma, Culture

ghostwriter

Etourdissant ! Je suis encore dans le rythme haletant du montage de « Ghost Writer ». De la scène d’ouverture, sidérante autour d’un 4×4 qui ne démarre pas à la sortie d’un ferry, à la scène finale (qu’on ne voit pas, elle est hors champ !), le grand Polanski est de retour, qui nous prend à la gorge et ne nous lâche pas un instant, pour une « promenade » nerveusement épuisante au milieu de ses fantômes. Ghost, c’est le mot anglais pour fantôme. Dans ce film le mot « ghost writer » veut dire « nègre » dans le jargon littéraire français. Celui qui tient la plume, le clavier, à la place d’un autre. Polanski n’est évidemment pas dupe : il a choisi la polysémie de ce mot pour nous annoncer une clé essentielle de son film. Il va nous parler de ses fantômes personnels et il va nous parler des fantômes qui peuplent son œuvre, à mi-chemin entre Beckett et Kafka, fantômes intérieurs aux êtres, et fantômes extérieurs sous forme de complots menaçants et obscurs.

Tout a lieu sur une île (les îles, sinistres, sont décidément à la mode au cinéma, on jouait « Shutter Island » dans la salle à côté !), au large de Boston. Il faut voir l’île ! Far from Seychelles Luigia ! Une lande désolée, battue par les vents violents et écrasée par une pluie torrentielle, du début à la fin du film. Une pluie tellement dense qu’elle figure réellement une sorte de « prison liquide ». Comment ne pas se dire, au bout de quelques minutes, ces deux vers du « Spleen IV » de Baudelaire :

« Quand la pluie étalant ses immenses traînées D’une vaste prison imite les barreaux… »

Là, dans un secret intégral, notre ghost writer va devoir passer un mois à écrire (ré-écrire) les mémoires d’un ancien Premier Ministre anglais. Mémoires dynamite qui peu à peu vont révéler au pauvre tâcheron embarqué dans le cauchemar qu’il est vraiment dans un cauchemar dont les limites vont très vite le dépasser !

Je ne vais pas raconter le film. C’est brillant, nerveux, monté au millimètre, filmé magistralement et les acteurs sont excellents. Voilà l’affaire pliée. Comme par la pluie effroyable qui balaie toutes les scènes, on est emporté par un flot suffocant, jusqu’à la noyade finale. Imparable, comme une machinerie inéluctable. Polanski nous a fait souvent de ces narrations oppressantes, en crescendo continuel, jusqu’à l’horreur.

On pense sans cesse, devant « Ghost Writer », à « Chinatown ». 35 ans plus tôt, Polanski avait déjà donné un chef-d’œuvre absolu sur le thème du complot tramé autour d’un secret indicible. Et comme il y a 35 ans, Polanski organise la paranoïa du spectateur autour de cette invraisemblable vérité : le paranoïaque a toujours raison. Et comme il y a 35 ans l’histoire nous mène à la même conclusion : la parano, c’est la vérité ! Et la fin est sans espoir, d’une noirceur absolue.

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