Articles marqués avec ‘identité’

Retour sur un « Retour sur la question juive »

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Philosophie

French Psychoanalyst and Essayist Elisabeth Roudinesco

Cette chronique est une réflexion qui fait suite à la lecture du livre : « Retour sur la question juive » d’Elisabeth Roudinesco (Albin Michel octobre 2009). Ce n’en est pas un compte-rendu. Jacques Le Rider en a donné un, excellent, dans « Le Monde des livres » en son temps.

Il fallait vraiment du courage pour opérer ce « retour » ! Revenir sur « la question », aujourd’hui, après 2000 ans d’une histoire terrible, éclatée (dispersée), difficilement saisissable, et qui plus est, objet incessant des interrogations et des approches analytiques des plus grands penseurs (Karl Marx, Hannah Arendt, Jean-Paul Sartre, Emmanuel Lévinas…) constitue un défi des plus osés. Elisabeth Roudinesco l’affronte, avec la sérénité et le courage intellectuel qui s’imposent à l’entreprise.

A commencer par pourquoi ça fait « question », les Juifs ? Et à qui ? Les passions suscitées par des gens qui n’ont jamais constitué plus de 1% des peuples et nations qui les accueillent sont en elles-mêmes la plus incroyable des questions. Des assauts des légions romaines aux persécutions médiévales, des flots haineux de l’antisémitisme du XIXème siècle à la Shoah, et jusqu’à la basse continue honteuse de l’affect d’aujourd’hui, c’est, constamment, une poignée de gens au sein des nations du monde,  qui figent, comme une éternité, la question de la haine inexpiable des autres. C’est dire à quel point elle travaille le tissu même de nos sociétés, jusque dans leurs syntaxes les plus enfouies. C’est dire aussi combien elle est la matière même de quelque chose d’éternel en l’homme, qui tient de la haine de l’Autre mais aussi et surtout de la haine de soi, en œuvre perpétuelle dans l’inconscient.

Parce que la « question juive » ne se pose pas à une ou à des nations. Elle se pose à l’homme en tant que tel. La Shoah n’a pas seulement anéanti six millions de Juifs, elle a anéanti l’homme et la possibilité de le penser comme être de raison et de morale. La question se pose aussi aux Juifs eux-mêmes. Enfin, pour être exact, à ceux qui se dénomment comme tels et dont on doit se demander ce qui les constitue. Et qui ne se privent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, de se le demander infiniment.

BHL se trompe (au moins) d’une guerre !

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Philosophes, Philosophie, Société

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BHL me pose un problème essentiel. Philosophiquement essentiel, qui relève de l’essence.

D’abord, je tiens à dire que je suis toujours à deux doigts d’écrire une chronique pour prendre sa défense : le torrent d’attaques ignobles dont Bernard-Henri Lévy est l’objet régulièrement me soulève le cœur. « Libération » a dû clore les « réactions » de lecteurs tant les vannes de l’injure et de l’antisémitisme étaient largement ouvertes lors de « l’affaire Botul » naguère. Et c’est souvent comme ça dès qu’on parle de BHL. Les attaques ad hominem prennent vite le pas sur l’argumentaire. La couleur de la haine qu’il suscite est hélàs trop souvent du même ton qu’une autre haine millénaire.

Mais bon. Ça n’empêche pas de dire quand le bonhomme perd complètement les pédales. Je parle d’un livre récent qu’il a signé. Je suis courageux, c’est un pavé ! « Pièces d’identité ». Pour être encore plus précis et honnête, je n’ai lu que la partie (conséquente !) intitulée « Le Génie du Judaïsme ». Plus de deux cent cinquante pages tout de même ! Avec un titre alléchant, emprunté à Chateaubriand, véritable moment fondateur du romantisme français.

Rien ne me gêne dans l’apologie de la richesse et de la profusion des grands textes sacrés ou profanes qui constituent le socle de la culture, voire de la civilisation, juive millénaire. BHL rappelle non seulement l’importance fondamentale de ces trésors mais surtout leur caractère universel et l’immense apport qu’ils constituent pour l’humanité toute entière. Il ne se contente pas d’en souligner l’importance intrinsèque, mais il déroule le fil du sens jusqu’à montrer comment ils sont en œuvre encore aujourd’hui dans la pensée, en particulier occidentale. Autre terrain sur lequel j’adhère sans hésitation au propos : le Judaïsme est une matrice constitutive de l’écriture, non pas au sens technologique, mais au sens sémantique et esthétique. L’analyse textuelle et la linguistique viennent en droite ligne de l’exégèse cabalistique.

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