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Arnaldur Indridason : météo glaciale, coeurs brûlants

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Chroniques, Littérature

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Connaissez-vous Arnaldur Indridason ? Je ne m’adresse pas ici à un ami cher, au cœur de son Reykjavik, qui doit trouver ma question saugrenue tant cet auteur est célèbre en Islande. Non, je parle aux autres. Moi, il y a encore quatre ans, je ne connaissais pas. Et puis ma passion grandissante pour les littératures nordiques (sacrés Suédois, sacrés Norvégiens, sacrés Danois, sacrés Islandais) et une quête professionnelle m’ont emmené à découvrir ce bijou d’Islande. Un écrivain bien sûr. De « romans noirs » Vous savez des « polars ». Il n’y a que les Français pour considérer que la littérature policière est un genre « mineur ». Depuis des décennies, les anglo-saxons, les scandinaves, les Japonais (entre autres) ont chanté la gloire de leurs écrivains de « polars » au même titre que celle de leurs écrivains d’autres genres. Dashiell Hammett, Raymond Chandler, David Goodis, Natsuo Kirino, Miyuki Miyabe, Henning Mankel, Stieg Larsson ne sont pas considérés comme des écrivains de deuxième zone dans leurs pays. Heureusement ! Il y a dans ces noms parmi les plus grands auteurs de la planète, il y a dans ces noms une infinie beauté, une grande littérature, « policière » soit-elle !

Indridason c’est l’Islande. Froide par le climat et brûlante par les cœurs. Son héros s’appelle Erlendur Sveinsson, presque comme son auteur. Tous les Islandais sont fils de…Les noms propres n’existent pas en Islande. Il n’y a que des prénoms qui fabriquent des noms. Les enfants prennent le prénom du père ou de la mère + son (fils de) ou + dottir (fille de). Erlendur est inspecteur de police. Classique. Non, pas classique du tout. La cinquantaine douloureuse (à tous les sens du terme), trimballant les marques de la vie dans son corps et dans son âme. Sa plus grande douleur, c’est sa fille, Eva Lind. Une éducation complètement manquée à cause du divorce des parents et de l’inattention du père, Eva Lind a sombré dans la drogue, la dérive, la haine (??) du père. Pas simple la vie d’un flic quand il doit combiner le malheur que ses enquêtes lui font côtoyer et le malheur privé d’une vie solitaire et rongée d’amertume.

C’est cet homme cassé, ravagé par ses démons personnels, qui mène des enquêtes sombres, dans des milieux sombres, dans un pays sombre. Mais à l’image du pays, cet homme a un cœur plein de lumière : Il ne supporte pas la haine qui fait son quotidien. Les machos, les fachos, les salauds. Ceux qui exploitent l’enfance, l’immigration, les femmes. Alors, au gré de ses recherches, Erlendur s’érige en un formidable portrait d’homme chaleureux et bon, déchiré par les stigmates de sa vie mais surtout par les horreurs que des humains font à des humains et qui l’obligent à descendre en enfer à chaque enquête. Erlendur, malgré l’habitude de l’insupportable que sa longue carrière lui a donnée, ne s’y fait pas. Même les cadavres découverts semblent s’adresser à lui en particulier : « Les os dépassaient de la terre et s’étendaient dans sa direction, comme s’ils imploraient grâce. » (La Femme en vert)

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