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Joyce : le début de la fin ?

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Chroniques, Littérature

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James Joyce constitue un cas à part dans la littérature mondiale. (A peu près) tout le monde le connaît, au moins de nom. (A peu près) tout le monde dit que c’est un immense écrivain. Si vous grattez un peu, vous vous apercevez très vite que très peu l’ont vraiment lu. Ou, s’ils l’ont fait, c’est un livre voire un bout de livre. Et il est rare qu’ils y aient pris vraiment du plaisir ! Voilà qui pose question. Comment peut-on à la fois considérer Joyce comme un écrivain majeur du XXème siècle et sentir, confusément, que sa lecture n’est pas toujours un moment de bonheur pour ceux qui s’y consacrent ?

Nous sortons souvent de Joyce un peu… lessivés ! La traversée d’« Ulysses » est une expédition hasardeuse (osons la métaphore homérique). J’ose à peine parler de « lecture ». Joyce nous emmène avec lui dans un furieux combat avec la langue. Ou « contre » la langue. Et c’est pire encore avec ses œuvres tardives, « Finnegan’s Wake » en particulier. Une question surgit jusqu’à l’obsession quand, au gré des lectures de Joyce, on revient, comme je viens de le faire, à son « Dubliners » (« Gens de Dublin »). Je pense en particulier à la nouvelle intitulée « The Dead » (« Les morts »). Chronologiquement, on est au tout début de l’œuvre (cette nouvelle particulière est écrite en 1906). Joyce écrit, il ne se bat pas (encore) contre la langue. La maîtrise est hallucinante : jamais sûrement, depuis Shakespeare, l’anglais n’a été pétri aussi parfaitement dans le tissu même du propos. Ecoutez les dernières phrases de « the Dead », même traduit ça fonctionne (et pour les anglophones le texte original est à la fin de cette chronique) :

« Quelques petits coups légers sur la vitre le firent se tourner vers la fenêtre. Il avait recommencé à neiger. Il suivit d’un œil ensommeillé les flocons argentés et sombres qui tombaient obliquement dans la lumière du réverbère. Le temps était venu pour lui d’entreprendre son voyage vers l’Ouest. Oui, les journaux avaient raison : la neige était générale sur toute l’Irlande. La neige tombait sur chaque partie de la sombre plaine centrale, sur les collines sans arbres, tombait doucement sur le marais d’Allen, et, plus loin vers l’ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière où Michael Furey était enterré. Elle s’amoncelait drue sur les croix et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme se pâmait lentement tandis qu’il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l’univers, et, telle la descente de leur fin dernière, tomber, évanescente, sur tous les vivants et les morts. » (*)

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