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Visage de Lévinas

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Philosophes, Philosophie

Levinas-portrait

Emmanuel Lévinas est reconnu universellement comme un des philosophes les plus importants du XXème siècle. Peut-être le plus important. Mais il pose un problème majeur à qui veut en parler : contrairement à ses « confrères » de la gent philosophique, il est impossible de le « résumer » en quelques idées, quelques formules, une « Weltanschaaung » (conception du monde). Lévinas travaille la matière même de la complexité humaine, à la croisée des grandes questions posées par la philosophie, la psychanalyse, la sociologie, la théologie. Allez donc le figer dans une formule ! On est tellement loin des philosophes mondains de nos plateaux de télévision.

Aussi, en propos liminaire, je veux dire au lecteur éventuel de ce texte que je me suis efforcé d’être le plus « clair » possible, autant en tout cas que faire se peut. Donc sûrement peu.

C’est un « fil » de la pensée de Lévinas que je vous propose de dérouler (enfin d’essayer) ici. J’ai choisi, bien sûr, une piste qu’il ouvre dans le champ de la morale, car, si on peut au moins formuler une certitude, Emmanuel Lévinas est d’abord un immense moraliste.

Pour lui, « L’Autre » exerce sur nous une fascination naturelle. Il agace aussi, peut même, nous ne le savons que trop, provoquer le rejet le plus violent. Mais nous voulons, en tout cas, sa compagnie. Ce paradoxe fondateur de l’homme constitue la question la plus insondable de la philosophie mais aussi de la psychologie. Malgré la difficulté relationnelle, ce besoin d’altérité nous fait exister. Seul l’autre donne un sens au « je » (« Je est un autre », qu’on peut aussi inverser en « l’Autre est un Je »),  en ouvrant l’homme à la dimension de l’éthique.

Le visage de l’autre fait naître en nous de la sympathie, des élans de moralité. Cette moralité n’est pas constituée seulement des valeurs autour desquelles se constitue une société. “Le fait éthique ne doit rien aux valeurs” (*) est une des phrases clé de Lévinas. Les valeurs ne constituent pas des oriflammes et ne peuvent se mesurer dans les acclamations qu’elles suscitent, à l’aune du nombre d’adhésions qu’elles lèvent. Alors se posent les questions (brûlantes par les temps qui courent) : “Quelles valeurs doit-on transmettre ?”, “Sur quelles valeurs doit-on s’accorder ?”, “Y a-t-il des valeurs, une morale, universelles ?”

Le concept d’ « autre » est un de ceux que les penseurs ont perçu avec le plus grand écart. Pour Platon, l’autre est une subjectivité à dominer, par la force s’il le faut (en cela son meilleur disciple occidental a été assurément Machiavel). Pour Épicure, l’autre est le sujet à qui il faut plaire, par la douceur, l’amitié, la sensualité. Le lien social du Jardin d’Épicure, c’est la douceur. Et l’on sait enfin que pour J-P. Sartre l’autre c’est l’« Enfer » dont le regard même est aliénant parce que « juge ».

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