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Noch Nietszche !

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Philosophes, Philosophie

Nietzsche-274x300La question de la philosophie de Friedrich Nietzsche est récurrente. Pas seulement (je dirais même pas surtout) chez les philosophes. Elle revient, de façon itérative, même dans les cercles les moins férus de philosophie. Et on comprend aisément pourquoi. La question de Nietzsche n’est pas seulement philosophique. Elle déborde bien sûr non seulement sur la psychologie humaine mais aussi (et ce bien malgré Nietzsche lui-même) sur l’histoire contemporaine dans ses pages les plus sombres.

Une cohorte de philosophes, de penseurs, de politiques, a entrepris, depuis le vivant même de Nietzsche, un effort constant pour tisser un lien structurel entre la pensée nietzschéenne et le nazisme, un amalgame imaginaire entre deux conceptions du monde aux opposés l’une de l’autre. La logique qui préside à cette volonté d’amalgame est clairement lisible :

–       Nietzsche est un géant de la pensée et son « enrôlement » dans la mouvance nationaliste et antisémite de la fin du XIXème et du début du XXème siècle constitue un enjeu énorme pour les bateleurs de « l’ordre Nouveau » qui manquent cruellement de penseurs de ce « tonneau ». Tous les courants fascisants, nationalistes, racistes ont conjoint leurs efforts pour en faire l’un des leurs – mieux encore, leur maître à penser.

–       Les thèmes nietzschéens et le style de l’œuvre, se prêtent particulièrement bien à ce type de tentative de « récupération ». Nietzsche est un penseur, un moraliste inflexible, aristocratique, libertaire, provocateur. Il choisit toujours la formulation la plus choquante, la plus dérangeante, convaincu que la stimulation de la pensée du lecteur passe par quelques « hoquets ». Jacques Derrida écrit : « On n’évitera pas la provocation de Nietzsche. C’est entre autres par elle que Nietzsche se rend inévitable » (in « Eperons »). La provocation est, dans les outils du philosophe, porteuse d’interrogations et il sait que le statut de sa parole sera sujet de toutes les interrogations : il est la matière même de son témoignage.

« Prévoyant qu’il me faudra sous peu adresser à l’humanité le plus grave défi qu’elle ait jamais reçu, il me paraît indispensable de dire qui je suis. On devrait, à vrai dire, le savoir, car je ne suis pas de ceux qui « n’ont pas laissé de témoignage ». Mais la disproportion entre la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains s’est manifestée en ce que l’on ne m’a ni entendu, ni même aperçu. Je vis du seul crédit que je m’accorde [Ich lebe auf meinen eigenen Kredit hin]. Peut-être mon existence même est-elle un préjugé ? » (Ecce Homo)

On peut ajouter à cela qu’il ne s’est pas agi que des contemporains de Nietzsche, mais de générations de prétendus « successeurs » ou « héritiers ».

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