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Shutter Island, l’autre terreur

Ecrit par Léon-Marc Levy sur . Publié dans Cinéma, Culture

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Je ne quitte décidément plus ce ponton d’arrivée des ferries sur une île bostonienne. La scène d’ouverture de « Shutter Island » est rigoureusement située au même endroit que celle du « Ghost Writer » de Polanski. C’est le premier choc hallucinant de ce film. Polanski et Scorsese se sont-ils donné le mot ? Il y en a d’autres des chocs… plein d’autres, presque trop, ce qui, à un moment, peut paraître surcharge de la narration : à force de jouer sur les nerfs du spectateur Scorsese les « sature » en quelque sorte, jusqu’à installer un sentiment de banalisation de l’incertitude et de l’horreur inattendue. L’effet est évidemment voulu : banaliser l’inquiétude pour accroître le choc de la vérité.

Il faut dire (il faut bien !) d’abord que « Shutter Island » est un film somptueux et magistralement dirigé, porté par un Leonardo Di Caprio gigantesque, habité, génial. J’avais lu en 2003 le livre de Dennis Lehane. Assez bien. Martin Scorsese en fait un film immense.

C’est un thriller. Ah bon, tout le monde vous l’a dit ? A la fois film policier et thriller paranoïaque, où s’entrecroisent les cauchemars réels et les cauchemars de la folie.

On vous l’a dit, c’est un thriller. « A la Hitchcock » nous dit une grande partie de la critique. A cause de la rencontre psychose/violence ? Bof ! L’écriture de Scorsese n’a rien à voir avec l’univers hitchcockien… On pense surtout à Stanley Kubrik (« Shining » est sans cesse présent) et à Roman Polanski (Décidément ! Jamais on n’a été dans des univers aussi proches de « Répulsion », de « Rosemary’s Baby », du « Locataire »). Et Scorsese déploie tout son savoir-faire : caméra vertigineuse, montage millimétré à couper le souffle, et cette magnifique obsession à filmer les acteurs en gros plan et en décalant légèrement la caméra vers le bas. L’univers de Scorsese est écrasant, au sens physique du terme. Revoyez « Goodfellas » (Les Affranchis), c’est un récital du genre !

C’est un thriller, on vous l’a dit.

Sauf que … Si c’est un thriller, et c’en est assurément un, il n’est pas écrit seulement dans la trame d’une fiction bien ficelée, d’une histoire à rebondissements, de secrets enfouis dans la mémoire des personnages et qui se révèlent peu à peu, jusqu’à découvrir l’incroyable vérité. Le fil infernal qui mène le personnage central (un jeune flic, Teddy Daniels) ne prend pas seulement source dans un drame familial épouvantable qui l’a fait basculer dans la folie. Car ce drame a lui-même une source : le héros de l’histoire a sombré, au début des années 50, dans l’alcoolisme, délaissant sa femme qui, elle, s’enfonce dans la folie. Or l’alcoolisme de Teddy est sa manière de gérer l’impossible : le souvenir qui le hante de la libération de Dachau par les Américains en 45, alors qu’il était soldat et l’un des premiers témoins de l’indicible. Ca donne une toute autre dimension au film. La folie du héros, celle qui l’assaille depuis deux ans, c’est une effroyable culpabilité. Celle d’être arrivé en retard un jour chez lui et d’y avoir trouvé ses trois enfants assassinés par leur mère, devenue folle et d’avoir alors tué sa femme, au cœur du désespoir qui l’écrasait.

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